Centre for Maternal, Adolescent, Reproductive, and Child Health

Impliquer les hommes dans les soins de maternité au Burkina Faso: Nouvelle étude d’un ancienne étudiante de doctorat à LSHTM publiée dans le Bulletin de l’Organisation Mondiale de la Santé

Par Marina A.S. Daniele, ancienne étudiante de doctorat à la Faculté d’Epidémiologie et de Santé de la Population; actuellement chercheur dans l’étude PRECISE au King’s College de Londres.

La publication en texte intégral dans le Bulletin de l’OMS peut être trouvée ici.

Marina peut être contacté sur marina.daniele@kcl.ac.uk et est sur Twitter @marasdan. 

Une version anglaise de ce blog peut être trouvée ici.

Pourquoi la participation des hommes?

Dans les années récentes, une attention croissante a été accordée à la participation des familles et des communautés afin de prévenir la mortalité maternelle et néonatale (1). On connait  que les hommes jouent souvent un rôle important en décidant quand et où les femmes et les enfants devraient chercher des soins de santé (2). Cependant, des études répandues montrent que les partenaires masculins et les pères n’accompagnent pas souvent les femmes et les enfants en leur consultations aux établissements de santé (3, 4, 5). Cela signifie qu’ils ratent une occasion cruciale de discuter avec les agents de santé et de recevoir des informations à jour sur comment prendre soin de leur propre santé et de celle de leur famille.

L’Organisation Mondiale de la Santé a recommandé d’encourager la participation des hommes dans les services de santé maternelle, bien que peu de choses sont connues sur l’impact de leur participation en ce qui concerne l’utilisation des soins et le suivi des pratiques recommandées après l’accouchement (6, 7).

Pourquoi le Burkina Faso?

Au Burkina Faso la mortalité et morbidité maternelle et infantile sont élevées (8). Au cours de la période postnatale, beaucoup de femmes et de bébés ne participent pas au nombre recommandé de consultations de suivi (9). Beaucoup de bébés reçoivent de l’eau et des tisanes dès les premières semaines de vie plutôt que d’être allaités exclusivement au sein, et plusieurs femmes ont des besoins non satisfaits en ce qui concerne la planification familiale (10, 11, 12). Les partenaires masculins sont généralement les décideurs ultimes en matière de recherche de soins , mais sont rarement vus dans les maternités et les cliniques (12, 13).

Quelle était l’étude visant à découvrir?

Notre hypothèse était que si les femmes enceintes invitaient leurs partenaires masculins à participer aux soins, on assisterait à une augmentation de la fréquentation des consultations postnatals. On a aussi émis l’hypothèse qu’il y aurait une augmentation de la proportion de nourrissons allaités exclusivement pendant les six premiers mois de la vie et de l’utilisation de la planification familiale après l’accouchement par les couples qui veulent prévenir les grossesses rapprochées.

Comment l’étude a-t-elle été menée?

L’étude a été menée entre 2014 et 2016 à Bobo-Dioulasso, la deuxième plus grande ville du Burkina Faso. La plupart des femmes dans ce contexte fréquentent les soins prénatals au moins une fois et accouchent dans les centres de santé.

Premièrement, on a organisé des groupes de discussion et des entretiens avec des membres de la communauté et des agents de santé pour savoir si l’implication des hommes serait acceptable et comment maximiser leur participation. Cela nous a aidé à développer et finaliser notre intervention qui consistait à:

  1. i) Une session de groupe interactive avec des partenaires masculins axée sur le rôle des hommes, impliquant la présentation de scénarios et la discussion de groupe,
  2. ii) Une séance individuelle de counseling pendant la grossesse sur des thèmes tels que l’importance des soins prénataux et postnatals, la préparation à l’accouchement, les signes de danger pour la mère et le nouveau-né, l’allaitement maternel exclusif, l’échelonnement des grossesses et la contraception post-partum,

iii)                 Une autre séance de counseling en couple similaire après la naissance, avant la sortie de l’établissement de santé.

Les séances, d’une heure chacune, ont été menées par des sages-femmes travaillant dans cinq centres de santé primaires. Elles ont reçu une formation spécifique sur la façon de travailler avec les hommes / les couples et sur la façon de s’assurer que les femmes conservent le contrôle à tout moment sur la participation de leurs partenaires.

On a testé l’intervention en utilisant un essai contrôlé randomisé. Les femmes enceintes fréquentant les soins prénatals de routine ont été invitées à participer. 583 étaient assignées au hasard au bras d’intervention ; et 561 étaient assignées au bras de contrôle- ce qui signifie qu’elles et leurs partenaires ne seraient pas invités. Les femmes du groupe d’intervention ont transmis une lettre d’invitation à leurs partenaires masculins, et les agents de santé ont réitéré l’invitation par téléphone. On a effectué un entretien avec toutes les femmes au moment de l’inscription à l’étude et de nouveau à 3 et 8 mois après l’accouchement.

Quelles ont été les principales conclusions?

Dans le bras d’intervention, un bon niveau de participation a été atteint : les trois quarts des partenaires masculins ont assisté au moins à deux séances. On a constaté que l’intervention augmentait la participation des femmes à au moins deux consultations postnatales (RD = 11,7%, IC 95% = 6,0-17,5, p <0,001), l’allaitement maternel exclusif trois mois après la naissance (RD = 11,4%, IC 95% = 5,8-17,2, p <0,001), et l’utilisation de méthodes contraceptives modernes efficaces huit mois après la naissance (RD = 6,4%, IC 95% = 0,5-12,3, p = 0,033). En particulier, l’utilisation de méthodes réversibles à action prolongée, en particulier les implants contraceptifs, était plus élevée dans le groupe d’intervention. On a également constaté que l’intervention augmentait le niveau de communication et de prise de décision partagée au sein des couples sur la recherche de soins et d’autres questions liées à la santé génésique.

Comment ces résultats sont-ils utiles?

Cette étude, l’une des plus rigoureuses dans son domaine, montre que l’implication des hommes en tant que partenaires de soutien dans les soins de maternité peut être une stratégie utile pour encourager les familles à s’engager avec les services de santé et à suivre les recommandations sur les pratiques saines (comme l’allaitement maternel exclusif). Notre intervention pourrait être reproduite dans des contextes similaires.

Cependant, les politiques encourageant la participation des partenaires masculins peuvent être mal interprétées par certains comme une obligation (14, 15, 16). C’est donc essentiel que les agents de santé soient formés pour ne pas pousser les femmes à impliquer les hommes à moins qu’elles ne le souhaitent. Quelques interventions de participation masculine ont renforcé les inégalités de genre existantes. Au cours de nos séances d’intervention, on a encouragé les participants à réfléchir de façon critique sur les normes patriarcales. Des composantes conçues pour promouvoir des relations de genre équitables doivent faire partie intégrante de tous les programmes axés sur la participation des hommes.

 

Remerciements

Marina voudrait remercier la Prof. Veronique Filippi, Dr Rasmané Ganaba, Prof Simon Cousens, Dr Clémentine Rossier, Dr Sophie Sarrassat, Seydou Drabo et Djeneba Ouedraogo, ainsi que tous les participants à l’étude et le personnel d’AfricSanté et des centres de santé.

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